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Réformes institutionnelles au Japon: compte-rendu d’un colloque pré-electoral

La conférence « Confusion et désordre de la politique japonaise actuelle, quel avenir ? » s’est tenue fin novembre à la Maison Franco-Japonaise, autour du professeur Takeshi Sasaki, un politologue, ancien président de la prestigieuse université de Tokyo, influent auprès de certains courants du parti Libéral-Démocrate nouvellement au pouvoir. La conférence était modérée par Hisao Ikegami, de la Maison Franco-Japonaise.

Trois intervenants français ont servi à ouvrir des pistes : Christian Polak insistant sur le rôle du chef, qu’il soit un premier ministre fort ou un empereur plus actif, comparant le Japon contemporain à la 4ème République française, instable et impuissante à répondre aux demandes de décolonisation de l’Algérie ; Karyn Poupée s’interrogeant sur le rôle ambigu des médias, et leur intérêt objectif à l’instabilité actuelle, et sur le rôle des hommes politiques japonais qui se mettent souvent par eux-mêmes dans des situations intenables ; Sébastien Lechevallier soulevant la question des résultats, devant la mauvaise situation économique de la France des trois dernières décennies alors que nos institutions politiques de la 5ème République sont extrêmement stables.

M. Sasaki a évoqué différentes pistes de réforme politique, ébauchées dans le cadre d’un forum ostensiblement apolitique, mais dialoguant avec le parti Libéral-Démocrate qui a depuis reconquis le pouvoir. Certaines propositions ont trait à la pratique quotidienne, comme l’obligation actuelle, pour les ministres, d’assister à toutes les délibérations de la diète, ce qui semble les empêcher de travailler sérieusement, particulièrement dans un contexte où le parlement évite de prendre quelque décision que ce soit.

D’autres pistes proposées visent à une clarification des rôles : passage à un système monocaméral pour éviter les blocages entres les deux chambres, élues à des moments différents, et élection du premier ministre au suffrage direct pour clarifier sa relation avec le parlement et asseoir sa légitimité dans une durée de mandat prédéfinie. La question du référendum a aussi été soulevée : s’il existe actuellement, il est limité aux modifications constitutionnelles et n’a jamais été utilisé ; on pourrait en ouvrir l’initiative au premier ministre, et étendre son domaine d’application à d’autres types de réformes, pour faire directement appel à la souveraineté populaire.

Toutefois, les révisions constitutionnelles nécessaires semblent assez improbables, et il reste à voir si la moindre de ces pistes sera effectivement explorée par le nouveau gouvernement, qui ne dispose pas d’un chef charismatique à l’image de l’ancien premier ministre Junichiro Koizumi. De manière un peu paradoxale, l’urgence est peut-être encore réduite par le résultat des élections de décembre, qui ont donné une majorité claire au parti Libéral-Démocrate dans les deux chambres, ce qui réduit un peu le risque de blocages énormes.

Un problème important soulevé par M. Sasaki est celui de la sécurité sociale dans le contexte démographique d’un Japon qui vieillit et se dépeuple. Cette crise nécessite une réforme de longue haleine, peu compatible avec le ballet annuel des premiers ministres, dont la responsabilité s’arrête dès qu’ils démissionnent, et qui donc se permettent d’établir des budgets à courte vue. L’instabilité institutionnelle a été très forte sous les premiers ministres issus du Parti Démocrate (Hatoyama, Kan, Noda), mais également présente sous les gouvernements PLD après Koizumi. Cette instabilité sert d’excuse à un personnel politique peu ambitieux.

D’autres problèmes sont évoqués : la sécurité du territoire face à des menaces des puissances voisines, nommées à demi-mot ; la menace d’une crise financière encore plus grande, quoique l’incapacité du parlement à voter des lois de finances n’ont pas encore réussi à déstabiliser le système bancaire japonais ; et la menace d’une nouvelle catastrophe naturelle, alors que les conséquences du tremblement de terre, du tsunami et de l’accident nucléaire de mars 2011 n’ont pas été bien gérées.

Lors de la séance de questions, la période Taishô (1912-1926) a été évoquée. Souvent comparée à la République de Weimar avec laquelle elle partage un bouillonnement artistique et social, une pratique politique très démocratique, et une domination d’un personnel politique plutôt progressiste, Taishô pas plus que Weimar n’a su empêcher la montée du militarisme des années 30.

Une autre question intéressante a été soulevée par l’assistance : l’existence, en France, de filières d’excellence pour former les élites politiques et les hauts fonctionnaires. L’ENA n’a pas vraiment d’équivalent au Japon, même si la faculté de droit de l’université de Tokyo a longtemps été le passage obligé de l’élite de gouvernement, et le parti Démocrate a promu beaucoup d’anciens de l’école de management de Matsushita Sekei Juku. Mais si le Japon produit beaucoup de prix Nobel, il n’a en revanche pas beaucoup de grands hommes d’État.

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